ALPES MAGAZINE -édition de Juillet-Août 2001 n° 70

ANNECY LA VENISE SAVOYARDE

A l'image de la capitale de la Vénétie, Annecy coule des jours paisibles entre canaux et grand lac. Ses eaux bleu lagon invitent à la rêverie, à la magie et à la vie. Des atouts indémodables.

Impossible de l'ignorer, cette belle langoureuse, si paisible et si tentante. On y revient toujours. Pourtant, nos pas se sont souvent perdus dans les quartiers anciens ; nos baisers ont souvent profité des passages couverts ; nos flâneries nous ont longtemps conduits sous les arcades du centre-ville ; nos yeux ont souvent cherché à deviner qui se cachait derrière les façades colorées des vieux immeubles, le long des canaux ; nos corps se sont déjà alanguis sur la pelouse fraîche du Pâquier. Et les fleurs, celles qui font de la ville une jolie carte postale, on s'est même surpris à les attendre. " Toujours après les Saints de glace ", se plaît-on à souligner auprès d'un novice. A chaque clin d'œil du soleil, rien à faire, nos pas nous ramènent à Annecy. L'appel du large, les charmes de la belle. Et chaque visite nous perturbe, car Annecy, on l'aime et elle nous agace. Propre et parfaite, et pourtant faillible : chère, avec ses loyers dignes du XVIe arrondissement de Paris, et si populaire à la fois grâce à ses HLM du centre-ville ; jeune, avec ses étudiants et lycéens, mais vieille aussi - un cinquième de la population a moins de 20 ans, contre un tiers dans toute la Haute-Savoie ; en vingt ans, Annecy a perdu 2 000 jeunes. Elle emprunte à Venise ce souci permanent de rester une ville vivante et un espace touristique de masse. Pourtant, la vigilance est de rigueur : " II ne faudrait pas que le tourisme tue l'âme des quartiers anciens ", confie Georges Grandchamps, artisan de la réhabilitation du vieil Annecy dans les années 1960, en tant que maire adjoint chargé des affaires culturelles, qui ajoute : " Il est impossible de faire tenir un commerce autre qu'un bistrot ! " Le vieil Annecy, ce petit musée vivant de quelques kilomètres carrés, connaît des points de fixation estivaux assez extraordinaires. Les plus prisés : le palais de l'Isle, le musée d'Annecy château, la rue Filaterie, les quais le long du Thiou. Pour mieux apprécier ce patrimoine incontournable, il faut se lever très tôt, se faire accompagner d'un guide-conférencier et suivre le cours des canaux. Vous apprendrez ainsi que, sous son air bonhomme, le Thiou garde dans ses eaux le souvenir de crues mémorables, comme celle de 1711 où il vint à bout de la tour des Cordeliers et provoqua une vague de deux mètres dans le canal du Vassé. Récemment encore, il prit un malin plaisir à effrayer les Annéciens. En février 1990, une crue sans gravité obligea les autorités municipales à fermer le pont Bacchus, inondé. Pour calmer ses ardeurs, une équipe complète est mobilisée, qui cure, surveille et gère ce cours d'eau, véritable colonne vertébrale du quartier ancien. Une salle de la mairie est d'ailleurs dédiée à sa surveillance. Ce n'est pas le maire qui tient les manettes, mais presque ! Car si la responsabilité des canaux revient à la DDE, elle en a délégué la gestion. On aimerait se transformer en un


de ces minuscules esquifs que font naviguer les enfants, pour suivre le Thiou et s'imprégner de son cheminement au pied des quais ou des maisons. Mais on peut le longer derrière le palais de l'Isle - le monument le plus ancien d'Annecy (XIIe siècle), avec le château -, qui fut tantôt palais de la Monnaie, tantôt prison d'État, comme en témoignent encore les couchettes des prisonniers... Coquille de noix, on glisserait sur les bras du Thiou, on effleurerait les écluses et on filerait vers les canaux Saint-François, Saint-Dominique et Notre-Dame, qui s'immiscent sous les églises. On sentirait sans doute dans leurs eaux les parfums fétides du Moyen Âge, lorsque le Thiou était le réceptacle des immondices de la tannerie, des abattoirs et des bateaux. Ce n'est qu'à la fin du XVe siècle qu'on commencera à se soucier du devenir du Thiou. Au pont de la République, le Thiou, rendu à la nature après deux kilomètres en pleine ville, ose quelques méandres et échappées. Une balade et des pontons pour les pêcheurs handicapés y ont été aménagés. Des surprises, Annecy en a plein les rues, et pas forcément celles des vieux quartiers. Il faut aller les dénicher dans les immeubles Art déco de l'avenue d'Albigny, dans le hall de l'Impérial Palace, dans les Haras nationaux, au Conservatoire d'art et d'histoire. Depuis 1960, date à laquelle fut décidée par Malraux la sauvegarde des quartiers anciens des villes françaises, Annecy est en constante évolution. En 1960, justement, la cité - autrefois siège des ducs de Savoie - fêtait le centenaire de l'annexion de la Savoie à la France. Elle a su mener à bien sa réhabilitation, aidée en cela par une continuité politique au sein de la municipalité : Charles Bosson, père de Bernard Bosson, fut maire de la ville, de 1958 à 1978. Lui succédèrent ensuite André Fumex, et Bernard Bosson qui a entamé son troisième mandat. Si la rénovation des

quartiers anciens se poursuit, les préoccupations vont aujourd'hui vers les quartiers de l'est, proches de la gare. Le nouveau centre commercial, doté d'une salle de cinéma multiplexe, est déjà couronné de succès ; dès les premiers jours, 50 000 personnes se sont précipitées dans ce temple de la consommation, au grand dam des commerçants du centre-ville qui ne sont pourtant qu'à 5 minutes à pied. D'autres travaux de taille ont été entrepris, qui devraient se terminer à l'horizon 2010. Ils visent à une meilleure répartition de la circulation automobile, hors du centre-ville. Des parkings ont déjà été construits, mais les habitudes sont tenaces et encore trop d'Annéciens insistent pour garer leur automobile au pied de leur immeuble... Dans les années qui viennent, Annecy devra relever le défi d'accueillir de plus en plus de visiteurs - touristes ou chalands du samedi. Si l'on ne peut plus guère construire sur l'aire de la commune, ses voisines se font une joie d'accueillir de nouveaux habitants, au détriment parfois des quelques espaces naturels qui leur restent. Il faut dire que l'agglomération d'Annecy, comme celle de Genève-Annemasse ou de Chambéry, reste une zone attractive. L'activité économique se porte bien, avec de nombreuses entreprises du tertiaire et de l'industrie qui embauchent du personnel qualifié, notamment la Société nouvelle de roulement qui emploie 3 500
personnes, ou Salomon, Entremont, Millet, Mobalpa. Certes, la concurrence avec Genève est rude, mais Annecy bénéficie d'une qualité de vie rare auprès de son lac, d'une bonne santé économique et de festivités reconnues, tels le très réputé Festival du cinéma d'animation, ou le Festival du film italien et la fête du Lac, le plus grand spectacle pyrotechnique d'Europe ! La cité se prend à rêver. La jeune chambre économique d'Annecy vient même de lancer l'idée d'une candidature d'Annecy, de la Haute-Savoie et d'une partie de la Savoie aux jeux Olympiques d'hiver de 2014...

Texte : Odile FAURE

Photos : Gil LEBOIS

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